Secteur
Entrepôt : la surface au sol ne dit rien, c’est le créneau qui décide
Un entrepôt se chiffre rarement au mètre carré. Ce qui commande, c’est le fait qu’il tourne : les allées sont pleines, les quais reçoivent, et la fenêtre pendant laquelle une zone est libre dure quelques heures.
Le point de départ
Quatre zones qui n’ont rien en commun sous le même toit
Parler du « nettoyage d’un entrepôt » comme d’une prestation unique masque quatre situations distinctes, avec quatre accès, quatre salissures et quatre créneaux différents.
| Zone | Ce qui s’y dépose | La contrainte dominante |
|---|---|---|
| Allées et sol de circulation | traces de roulage, gommes, poussière, résidus de palettes | les allées sont occupées : la fenêtre est courte et fragmentée |
| Racks et structures | poussière accumulée sur les lisses et les palettes de tête | l’accès en hauteur, et le fait qu’on ne peut pas travailler au-dessus d’un cariste |
| Charpente, luminaires, gaines | le gisement de poussière que personne ne voit | traitement à sec obligatoire : un lavage ferait tout retomber sur le stock |
| Quais et abords | gasoil, gommes, résidus extérieurs, eaux de ruissellement | le seul endroit où l’eau est envisageable, et le seul relié au réseau extérieur |

Ce qui décide
Le créneau commande le procédé, et non l’inverse
Dans un atelier, on choisit un procédé puis on trouve un moment. Dans un entrepôt, c’est l’inverse : on part du moment disponible et on en déduit ce qui est faisable.
Un créneau court sur une allée dégagée permet une reprise mécanisée au sol, rien de plus. Un créneau de nuit sur une zone vidée permet un dépoussiérage en hauteur avec nacelle. Un arrêt de plateforme, rare et précieux, est la seule occasion de traiter les zones que le reste de l’année rend inatteignables.
C’est pourquoi les bonnes propositions dans ce secteur sont découpées par zone et par passage, et non forfaitisées. Elles disent : cette zone-là, dans ce créneau-là, avec ce moyen-là. Le donneur d’ordres peut alors arbitrer ce qu’il fait libérer, et ce qu’il laisse pour plus tard.
Sol, en exploitation
Reprise mécanisée au sol, sur allée dégagée. Compatible avec un créneau court et répété.
Hauteur, zone vidée
Nacelle et aspiration à sec, sur une zone libérée. Se planifie, ne s’improvise pas. Le travail en hauteur
Charpente, arrêt long
Le seul moment pour traiter le gisement réel de poussière du bâtiment. L’aspiration industrielle
Quais, à l’eau
La seule zone où le passage à l’eau se justifie, et la seule reliée à un réseau extérieur. La haute pression
Vous ne savez pas combien de temps une allée peut rester libre chez vous ? C’est la question à trancher avant toute autre.
Le point aveugle
Ce qui s’accumule en hauteur retombe sur le stock
Le sol d’un entrepôt se voit, donc il se nettoie. Les lisses de racks, les palettes de tête, les luminaires, les gaines et les fermes de charpente ne se voient pas depuis le sol, donc ils ne se nettoient presque jamais.
Ce dépôt redescend. Chaque passage de chariot, chaque ouverture de portail, chaque mouvement d’air en remet une partie en circulation, et elle se dépose sur les colis en attente. Sur une plateforme qui stocke de l’alimentaire, de la pharmacie ou du textile, c’est une question de qualité de service autant que de propreté.
Il y a un second enjeu, moins connu : selon ce qui est stocké et manipulé, la poussière accumulée peut être combustible. Elle est alors susceptible d’être remise en suspension par un incident et de former, à ce moment-là, une atmosphère explosive. C’est ce que les zones 20, 21 et 22 de l’arrêté du 8 juillet 2003 décrivent, et le classement appartient à l’exploitant (articles R4227-42 et suivants du code du travail).
Le dépoussiérage en hauteur est donc, sur ces sites, une opération de prévention avant d’être une opération de propreté.

Sécurité de site
Un entrepôt en exploitation est un cas d’école de co-activité
Des chariots circulent, des quais reçoivent, et une équipe extérieure travaille au milieu. C’est exactement la situation que vise l’article R4512-6 du code du travail : l’analyse en commun des risques résultant de l’interférence entre les activités, les installations et les matériels.
Le plan de prévention est écrit dès que l’opération représente au moins quatre cents heures de travail prévisible sur douze mois au plus (seuil vite atteint par un marché récurrent), ou, quelle que soit la durée, dès que les travaux figurent sur la liste des travaux dangereux (article R4512-7 du code du travail). Un dépoussiérage ponctuel en hauteur peut donc relever de l’écrit alors qu’il ne dure que deux nuits.
Deux points méritent d’être écrits noir sur blanc dans ce plan : la séparation physique entre les engins de manutention et l’équipe d’intervention, et l’interdiction de travailler au-dessus d’une zone où circulent des personnes.
Vous savez déjà ce qu’il faut nettoyer et sur quel support : c’est l’essentiel de ce qui rend des propositions comparables.
Exposer mes créneaux d’exploitationBien commander
Les quatre lignes qui rendent une proposition exploitable
Découper par zone
Allées, racks, charpente, quais : quatre lots, quatre moyens, quatre créneaux. Un forfait global masque ce qui sera réellement fait.
Dire les créneaux réels
Durée pendant laquelle une zone peut être libérée, fréquence, et qui décide de la libérer. C’est l’information la plus structurante.
Dire la hauteur et les racks
Hauteur sous plafond, type de rayonnage, possibilité ou non de déplacer les palettes de tête : cela décide du moyen d’accès.
Poser la question des poussières
Ce qui est stocké et manipulé détermine si un classement de zone existe ou devrait exister. Poussières combustibles et zonage
« On nous propose un prix au mètre carré. Est-ce une bonne base ? »
C’est une base commode, et c’est presque toujours une base fausse dans un entrepôt. Deux plateformes de même surface n’ont ni la même hauteur, ni le même taux de remplissage, ni les mêmes créneaux : dans l’une, une allée se libère brièvement chaque nuit ; dans l’autre, la zone est accessible un dimanche par trimestre. Le mètre carré ne voit rien de tout cela. Ce qui construit un chiffrage honnête, c’est la zone traitable par passage et le nombre de passages nécessaires. Un prestataire qui vous demande vos créneaux avant votre surface a compris le sujet.
Décrire la plateforme à traiter : c’est ce qui rend les propositions comparables.
Exposer mes créneaux d’exploitationAprès votre demande
Ce qui se passe après votre demande
Votre description est lue
Le support, la salissure, l’accès et le créneau déterminent le procédé qui peut réellement traiter le sujet. Une demande sans support identifié ne peut pas être chiffrée.
Le procédé adapté est retenu
Un spécialiste de l’hydrocurage n’est pas un spécialiste de la cryogénie. Votre demande est confiée à l’équipe d’intervention dont le procédé correspond à votre support.
Une visite de site est proposée
Aucune proposition sérieuse ne se construit sans voir le support. C’est d’autant plus vrai que l’accès, la co-activité et le sort des déchets ne se lisent pas sur un courriel.
Vous comparez sur des bases identiques
Si votre cahier des charges dit la même chose à tout le monde, les écarts entre les propositions traduisent des méthodes.
Textes de référence
Les textes cités encadrent la co-activité et l’accès en hauteur, les deux contraintes qui structurent une intervention en entrepôt.
- Code du travail, art. R4512-6 : analyse en commun des risques d’interférence entre les activités, les installations et les matériels, et plan de prévention arrêté avant le début des travaux (en vigueur depuis le 1er mai 2008 (décret n° 2008-244 du 7 mars 2008)).
- Code du travail, art. R4512-7 : le plan de prévention est établi par écrit dès quatre cents heures de travail prévisible sur douze mois au plus, ou quelle que soit la durée lorsque les travaux figurent sur la liste des travaux dangereux (en vigueur depuis le 1er mai 2008).
- Code du travail, art. R4323-58 : les travaux temporaires en hauteur sont réalisés à partir d’un plan de travail, la protection collective primant sur la protection individuelle (en vigueur).
- Arrêté du 8 juillet 2003 (ATEX) : protection des travailleurs susceptibles d’être exposés à une atmosphère explosive, et définition des zones 0, 1, 2 pour les gaz et 20, 21, 22 pour les poussières (en vigueur).
- Code du travail, art. R4224-18 : les locaux de travail et leurs annexes sont régulièrement entretenus et nettoyés, et exempts de tout encombrement (en vigueur depuis le 1er janvier 2018 (décret n° 2017-1819 du 29 décembre 2017)).
Questions fréquentes
Les questions : réponses courtes
Peut-on nettoyer un entrepôt sans arrêter l’exploitation ?
Une partie, oui : le sol des allées dégagées se traite en exploitation, par zones successives. Le dépoussiérage en hauteur, non : on ne travaille pas au-dessus d’une zone où circulent des chariots. Il faut donc libérer la zone, ce qui fait de la planification le vrai sujet.
À quelle fréquence faut-il dépoussiérer une charpente ?
Aucun texte ne le fixe. Cela dépend de ce qui est manipulé, de la ventilation du bâtiment et du trafic. L’observation d’une zone témoin en hauteur donne une réponse bien plus fiable qu’une périodicité reprise ailleurs.
Le prix au mètre carré est-il pertinent ?
Rarement dans ce secteur, parce qu’il ignore la hauteur, le taux de remplissage et les créneaux, c’est-à-dire tout ce qui détermine la durée réelle. Une proposition découpée par zone et par passage est plus longue à lire, et beaucoup plus juste.
Faut-il un plan de prévention pour un simple nettoyage ?
Souvent oui. L’article R4512-7 du code du travail rend le plan écrit obligatoire dès quatre cents heures prévisibles sur douze mois au plus (seuil vite atteint sur un marché récurrent), ou quelle que soit la durée si les travaux figurent sur la liste des travaux dangereux, ce qui est le cas du travail en hauteur.
Les quais peuvent-ils être lavés à l’eau ?
C’est la zone la plus adaptée pour cela, parce qu’elle est extérieure et conçue pour recevoir de l’eau. Il faut en revanche vérifier où part le réseau : un ruissellement chargé de gasoil et de gommes qui rejoint un pluvial devient un rejet.
Voir aussi